Cancer, dans les blogs la victoire du médicalement correct

Chaque blog est un drame. Drame évident des illusions envolées, des larmes versées, des souffrances endurées, des deuils irréparables. Mais comme le discours apparaît uniforme et peu novateur!

Dans ces livraisons de l’intime, il n’y a jamais l’ombre d’un doute sur les traitements proposés et l’approche univoque de la maladie. L’adhésion à la réflexion biologique et génétique institutionnelle est totale, la demande d’une prise en charge médicale qui ne soit pas uniquement technicienne, chimique, chirurgicale, inexistante. Dieu sait pourtant si la souffrance est grande et pourrait amener une rébellion, fût-elle désordonnée!

L’effort d’introspection consiste seulement à faire évoluer le : « Pourquoi moi ? » « Pourquoi ça m’arrive à moi ? » en « Pourquoi pas moi ? » « Pourquoi ça ne m’arriverait pas à moi ? ». Ça n’a pas de sens ! Aberrant également d’expliquer les échecs par la fatalité, le sacro-saint rapport bénéfice/risque qui n’est pas à l’avantage de tous.

A l’annonce du diagnostic, le malade décrit son effroyable glissade vers le néant. En fait, il abandonne plus qu’il ne pense. Il renonce à son intégrité physique, sa connaissance de lui-même, sa liberté de parole. Il abdique sans résistance ce qui le fait homme et le rend unique. Il devient l’objet de la science, d’une parole de spécialiste venue d’ailleurs, idéalisée et surévaluée. Il accepte tout, même les soins les plus invalidants.

Or, dans cette maladie plus qu’une autre, la quête de sens est cruciale. Le patient devrait être aidé à se demander de quel déséquilibre physique et émotionnel son cancer est le signe, de quels stress et quels enjeux il est la signification, à quels événements il se réfère et à quelle histoire individuelle et familiale il est corrélé.

Il est de notoriété publique que les soins dits de support, non remboursés par la Sécurité Sociale, comme le yoga, la relaxation, la psychothérapie, la kinésithérapie, la gymnastique…, permettent de « recoller les morceaux ». Ils devraient être engagés dès le diagnostic. Ils modifieraient la progression du mal et les méfaits déplorables des traitements invasifs.

Les médecins, paraît-il, effrayés par les effets secondaires des dits traitements, refusent pour eux-mêmes les soins qu’ils prescrivent. Pourquoi exerceraient-ils, eux seuls, leur libre arbitre ?

Notre société, en réponse aux sollicitations consuméristes toujours plus nombreuses, exprime un regain d’intérêt pour la méditation. Comment ne pas en tenir compte? Pourquoi occulter dans l’approche individuelle le poids des frustrations sociales?

Ce n’est pas rejeter le progrès que de constater qu’il a tant œuvré pour notre bien que nous pouvons dès lors et légitimement nous interroger à son sujet. Notre pensée rationaliste et analytique a fait merveille mais elle soutient aujourd’hui un savoir cloisonné, abstrait, oublieux de la complexité sacrée de l’humain. Elle encourage des avancées technologiques dans les sciences du vivant qui déstabilisent le sens même du vivant. Elle se dilue et se perd dans l’infiniment petit.

Pour le chercheur, le pari est fascinant, passionnant. Pour l’être humain, qui ne saurait se réduire à une histoire cellulaire, génétique, mécanique, il en est autrement. D’un lit de souffrance à l’autre, c’est un désastre écologique.

C’est donc aux malades de réagir. Aux blogueurs d’exiger un changement de cap : non seulement des avancées dans les traitements imposés mais aussi un regard nouveau sur la maladie. A eux de réclamer une pratique oncologique qui associe aux thérapies classiques une connaissance globale et subtile du patient, d’encourager une réflexion saine sur la dangerosité des traitements et le fameux ratio bénéfice/risque. A eux de promouvoir un enseignement universitaire diversifié et alternatif à celui hégémonique basé sur la chimie et les mathématiques. A eux de bousculer les conservatismes et empêcher les conflits d’intérêts, parce que plus le temps passe et plus ils donnent l’impression d’assumer ce qui ne doit pas l’être.

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